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Patrimoine industriel

 Le patrimoine industriel compte parmi les patrimoines les moins connus. Pourtant, comme les maisons d'époques, que l'on protège de nos jours avec beaucoup de soins, les bâtiments industriels sont des ouvrages architecturaux qui présentent pour certains une grande valeur historique. Leur importance vient du fait qu'ils rappèlent la mémoire de milliers de travailleurs, qu'ils préservent les savoir-faire d'une autre époque et qu'ils sont les témoins encore présents d'un environnement social qui a bien changé.

L'association québécoise pour le patrimoine industriel, l'AQPI, le définit comme étant « ... l'ensemble des biens matériels et immatériels qui font partie de l'histoire des industries, des entreprises et du monde du travail ». Il est donc composé de bâtiments, qui sont les éléments que l'on connaît ou que l'on remarque le plus, mais il se décline également en archives, en objets, en savoirs, en histoire entrepreneuriale et ouvrière. Le patrimoine industriel québécois est un héritage des 19e et 20e siècles. Il est issu du phénomène social que l'on connaît sous le nom de « Révolution industrielle », amorcé au courant du 18e siècle.

Dans la région touristique Chaudière-Appalaches, on retrouve ponctuellement d'excellents exemples d'entreprises ou d'infrastructures, actives ou non, qui font désormais partie du patrimoine industriel collectif des québécois. Malheureusement peu de composantes du patrimoine industriel sont actuellement protégées par la loi.

Dans cette vaste région touristique, certains centre urbains ce sont mis en place autours d'industries qui ont été des moteurs de développement, c'est le cas de Thetford Mines, de Lévis et de Saint-Georges. Jetons un coup d'œil à cette dernière ville, qui a connu un développement d'une grande rapidité grâce à l'essor de ses industries. Ces mêmes entreprises lui ont également permis de devenir un pôle humain d'une grande importance au cours du 20e siècle.

Saint-Georges d'Aubert Gallion, fondé en 1856, compte de nombreux cultivateurs dans la seconde partie du 19e siècle. Toutes les terres qui aujourd'hui forment le centre-ville de Saint-Georges, sont à cette époque la propriété d'agriculteurs qui triment dur pour faire vivre les leurs. Seul le moulin du seigneur Pozer fait office d'industrie à ce moment.

Il n'est donc pas surprenant d'apprendre que les industries dérivées de l'agriculture occupent une place prépondérante dans le développement industriel de la région, les fromageries et beurreries foisonnaient! À cette même époque, la laine fut aussi l'objet d'un fructueux commerce et plusieurs moulins à carder s'installèrent près des cours d'eaux de la région pour profiter d'une énergie continue et bon marché.

Comme c'est le cas dans plusieurs régions du Québec à cette époque, la région de la Beauce et de Saint-Georges connaît le développement de son commerce du bois. John Breakey Ltd et la Brown Corporation entreprirent des chantiers forestiers dans le sud du comté et les billes de bois étaient flottées vers les moulins à scie établis le long de la rivière Chaudière.

Ces premières industries, basées sur les ressources naturelles régionales, permirent aux cultivateurs de pouvoir subvenir à leurs besoins durant la saison morte. Ces nouveaux pôles de développement industriels, bien que modestes, furent précurseurs d'une industrialisation soutenue au cours du 20e siècle. Cette nouvelle façon d'exploiter les ressources, jumelée à l'arrivée de l'électricité vers 1911 allait permettre l'éclosion industrielle de Saint-Georges.

Source :
AQPI, Découvrir le patrimoine industriel.
Guide d'introduction et d'intervention, Montréal : AQPI, 2002, p.4.


La Ville de Saint-Georges conserve de nos jours certains bâtiments ou lieux d'interprétation qui mettent en valeur le patrimoine industriel de la Beauce. Parmi ces endroits ouverts au public, le Centre culturel Marie-Fitzbach, héberge le Centre d'interprétation de l'Entrepreneurship beauceron, un lieu dédié à une meilleure connaissance des premières industries de la région et des gens qui ont développé la Beauce industrielle d'aujourd'hui.

Comme vous le découvrirez lors de votre passage au Centre d'interprétation, certains hommes d'affaire ont laissé une trace durable dans l'histoire régionale. C'est le cas d'Édouard Lacroix, qui est entrepreneur forestier dans la première partie du XXe siècle. Il est alors propriétaire de nombreux moulins à scie et de deux moulins à papier au Nouveau-Brunswick. Il sera l'instigateur de la Saint-Georges Woolen Mills, usine entièrement construite en brique que l'on peut toujours voir sur le boulevard Lacroix en traversant la ville. M. Édouard Lacroix a récemment été reconnu personnage d'importance historique nationale par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

À quelques pas du Centre culturel, sur le boulevard Dionne, se trouvait la filature Dionne, mieux connue sous le nom de Dionne Spinning Mills. Une industrie qui entrera en opération au début des années 40. Bien que détruite, on peut apprécier d'intéressantes archives à l'entrée de l'épicerie qui prend place à cet endroit depuis quelques années.

Toujours à Saint-Georges, mais cette fois à l'est de la rivière, se trouvent deux anciennes structures industrielles qui sont aujourd'hui devenues d'importants hôtels de la région. Le plus ancien des ces établissements est l'Auberge Benedict Arnold qui accueillait autrefois un comptoir de la John Breakey Ltd, entreprise qui faisait le commerce du bois. C'est un arrêt obligé lors de votre passage car il s'agit d'une des meilleures tables de la région. Autre hôtel, reconnu cette fois pour son Centre de santé, le Georgesville, se trouve dans l'ancien bâtiment de la Saint-Georges Shoe Company Ltd qui, sous l'impulsion de Ludger Dionne et d'autres georgiens, donna du travail aux chômeurs durant la grande dépression.

Comme les exemples qui ont été abordés jusqu'à maintenant, plusieurs anciennes structures industrielles sont aujourd'hui converties pour les besoins d'autres types d'entreprises, ou encore utilisées à des fins d'interprétation et de mise en valeur de leur histoire. C'est donc dire qu'il est possible de se balader dans la région touristique Chaudière-Appalaches, d'apprendre à reconnaître le patrimoine industriel, et pourquoi pas d'en visiter certains exemples!

En ordre chronologique, voici donc un parcours des éléments du patrimoine industriel qui méritent que l'on s'y attarde au hasard des vacances ou d'une promenade en voiture.

 Les moulins du début du 19e siècles sont les éléments du patrimoine industriel les plus commun de la région touristique Chaudière-Appalaches. Pour plusieurs ils sont très bien conservés, ou ont été restaurés. Certains sont des Moulins à scies, pour la coupe de bois, d'autres sont des moulins à farine, d'autres encore sont des moulins à carder la laine. Souvent ils combinent plusieurs fonctions. Voici les principaux exemple d'un des premier types de patrimoine industriel au Québec. Comme ils sont ouverts au public, il ne vous reste qu'à faire un itinéraire de visite :

  • Le Vieux Moulin de Metgermette Nord
    Moulin à scie et à farine, fin des années 1800

  • Le Moulin du Portage
    À l'ouest du village de Lotbinière, moulin à farine seigneurial, 1816
    www.moulinduportage.com

  • Le Moulin de Beaumont
    À la limite de Beaumont et Saint-Michel, meunerie ancestrale, 1821

  • Le Moulin Gamache
    À Cap Saint-Ignace. On y va pour la tour en pierre du moulin à vent qui est classée bien culturel

  • Le Moulin à carder Groleau
    À East Broughton, équipements de cardage, artisanat

  • Le Moulin à carder et à farine Bernier
    À Saint-Aubert, machine à carder la laine, 1736

  • Le Moulin des Arts
    À Saint-Étienne de Lauzon, moulin à bois et à farine

  • Le Moulin Banal des Aulnaies
    À Saint-Roch-des-Aulnaies, moulin à farine, 1842
    www.laseigneuriedesaulnaies.qc.ca

  • Le Moulin aux Abénakis
    À Sainte-Claire, moulin à farine
    http://www.moulinabenakis.ca/

  • Le Moulin de Saint-Raphaël

Le commerce du bois est étroitement lié au développement des équipements industriels à bien des endroits dans la région, mais un peu partout au Québec également. Pour découvrir cet aspect du patrimoine industriel, 2 sites d'interprétation historique vous sont proposés : Le Village des Défricheurs de Saint-Prosper et le Camp forestier de Saint-Luc. Ces endroits vous renseignent sur le quotidien rural du début du XXe siècle et la vie des bûcherons dans les chantiers durant les années 1930 et 1940.

Au milieu du 19e siècle apparurent les premières industries utilisant des techniques de production modernes et des équipement typiques d'une production industrielle de masse. Encore une fois, il est possible de visiter certaines installations représentant cette époque. Le lieu historique national du chantier A.C. Davie abrite des bâtiments authentiques, dont le plus ancien plan de halage encore visible en Amérique du Nord dans sa version originale de 1832. Le lieu historique national du Canada de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais, était une station de quarantaine du Port de Québec de 1832 à 1937, on y retrouve des équipements de désinfection datant de la fin du 19e siècle. L'ancienne gare de Lévis, construite en 1864, rappelle que l'endroit était à cette époque le plus important carrefour ferroviaire de l'est du Canada. Fondée en 1867, l'usine Inglis de Montmagny a fabriqué, pendant plus de 100 ans, les « beaux poêles Bélanger ».

 Enfin au début du 20e siècle plusieurs entreprises encore en opération de nos jours se lancent en affaire. C'est le cas de la Pâtisserie Vachon, qui popularisa les célèbres petits gâteaux Vachon, dont on peut découvrir l'histoire à la Maison J.-A.-Vachon de Sainte-Marie. C'est aussi le cas de l'entreprise Céramique de Beauce qui exporta sa production partout dans le monde à une certaine époque. On peut apprécier une exposition sur cette entreprise, aujourd'hui disparue, en visitant le Musée Marius-Barbeau, dans la localité de Saint-Joseph de Beauce. Plusieurs fonderies industrielles sont aussi entrées en opération au début du siècle dernier, qu'on pense à la Fonderie Thetford, à la Fonderie Bibby de Sainte-Croix, à la Fonderie L'Islet dans la région de Montmagny, ou encore à l'ancienne fonderie L'hoir sur la rue Saint-Laurent à Lévis.

Plus tard au cours du même siècle on voit apparaître des entreprises dont la réputation n'est plus a faire et qui intègrent les méthodes modernes de production. Parmi les entreprises phares en Chaudière-Appalaches, notons Prévost Car fondée en 1924, IPL un fabricant de produits plastiques fondé en 1937, ou encore plus récemment l'entreprise Canam-Manac fondée en 1960.
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